L'amour inconditionnel, on en parle de plus en plus, mais de quoi s'agit-il réellement ?
On parle beaucoup d’amour.
On le cherche, on l’attend, on le projette sur l’autre, on le confond parfois avec la fusion, l’admiration, l’attention ou la passion.
Mais l’amour inconditionnel n’a rien à voir avec cela.
Il ne se mendie pas. Il ne se prouve pas.
Il ne dépend pas de ce que l’autre fait ou ne fait pas.
L’amour inconditionnel n’est pas :
Je vous aime parce que.
Ou je vous aime si.
C’est simplement :
Je vous aime.
Pas pour ce que vous donnez au monde, mais pour ce que vous êtes profondément.
Ce n’est pas une émotion.
C’est un état.
S’aimer soi-même : le fondement oublié. Aimer les autres sans retour.
Beaucoup voudraient aimer les autres sans condition… tout en continuant à se juger eux-mêmes implacablement.
Mais on ne peut pas offrir au monde ce que l’on se refuse intérieurement.
On ne peut pas accueillir pleinement quelqu’un quand on ne sait pas encore s’accueillir soi.
Aimer inconditionnellement commence ici :
Se regarder honnêtement.
Reconnaître ses blessures.
Accepter ses limites.
Cesser de se parler comme à un adversaire.
Se traiter avec la même douceur que l’on voudrait offrir.
La spiritualité ne consiste pas à devenir parfait. Elle consiste à devenir vrai.
L’amour n’exige rien.
Aimer inconditionnellement, ce n’est pas s’effacer, ni se sacrifier, ni devenir neutre face au monde.
Ce n’est pas “faire semblant d’aimer tout le monde”.
Ce n’est pas se durcir sous prétexte de sagesse.
Aimer ainsi, c’est être présent sans se perdre et être libre sans fuir le lien.
C’est reconnaître la valeur de l’autre sans attendre qu’il corresponde à nos projections.
Et c’est se respecter sans imposer ni punir.
Dans certains discours spirituels, on glorifie le détachement.
Mais parfois, ce "détachement" devient une distance dure, presque froide.
Un jour, une collègue n'a pas remercié son supérieur lors de son discours de départ alors qu'elle a remercié tous ses collègues directs.
Elle s’en félicitait comme d’une preuve d’indépendance. Pour son chef, ce fut humiliant.
Sa réaction fut violente. On pourrait dire qu’il avait une blessure à travailler.
Mais est-ce là l’amour inconditionnel envers soi-même ? Je ne le crois pas.
Pour moi, aimer sans condition ne signifie pas devenir imperméable ou se retirer des émotions humaines.
Ce n’est pas se sentir “au-dessus”.
Ce n’est pas ignorer l’impact de nos actes sous prétexte de liberté intérieure.
On peut être vrai sans blesser.
On peut être libre sans humilier.
On peut dire non sans écraser.
Avec le temps, on découvre que l’on peut faire grandir l’autre en semant des graines plutôt qu’en imposant des chocs.
C'est quelque chose que j'apprends personnellement à faire chaque jour. C'est un travail laborieux pour moi.
Ainsi, la spiritualité authentique n’est jamais une excuse pour manquer de délicatesse.
Elle se mesure dans la manière d’aimer, pas dans la capacité à s’en détacher.
Aimer inconditionnellement, ce n’est pas devenir invincible.
C’est devenir profondément humain.
Quand on aime ainsi, la vie change de texture.
Les conflits deviennent des invitations à comprendre.
Les séparations deviennent des étapes, pas des ruptures.
Les blessures deviennent des portes.
La peur perd de sa force.
La recherche s’apaise.
On ne court plus après l’amour.
On le devient.
Ce n’est pas spectaculaire.
C’est silencieux, stable, tranquille.
Une présence qui ne dépend plus des circonstances.
Et vous ?
Vous arrive-t-il de vous aimer sans condition, sans performance à atteindre, sans justification à donner ?
Dans quelle mesure laissez-vous l’autre être lui-même, sans vouloir le façonner pour correspondre à vos attentes ?
Où en êtes-vous, aujourd’hui, dans votre chemin vers un amour qui ne retient pas, ne juge pas, et n’exige rien — ni de l’autre, ni de vous-même ?
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